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Tschernobyl-Initiative
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Rapport du liquidateur Alexej JazunLe chemin de la souffrance Alexej Jazun est un habitant ordinaire de Makejewitsch : il est né et a grandi dans cette ville, il est allé à l'école et y a fait son service militaire. Pendant son service, il a beaucoup appris, il a rempli ses obligations consciencieusement, même si ce n'était pas facile – dans le bataillon chimique de la région de Primorje. Après son service militaire, il a travaillé comme chauffeur dans un parc de véhicules, puis dans une centrale électrique à gaz en occupant les mêmes fonctions. Il s'est marié et est devenu papa d'un ravissant petit garçon. La vie aurait pu être si belle mais le destin en avait décidé autrement. La vie tranquille de Alexej Alexejewitsch a pris fin le 18 septembre 1987, le jour où il a reçu une convocation du commissariat militaire de Kirow avec l'ordre de se préparer dans les 3 jours à une intervention spéciale pour remédier aux conséquences de l'accident du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl. La convocation était signée par Oberst Kalinin et Alexej Jazun ne pouvait pas ignorer cet ordre : au contraire, il l'a pris comme un appel de la patrie, qui lui implorait sa protection. Il se sépara alors de sa famille bien-aimée et partit pour Tchernobyl. Les temps durs du nucléaire Alexej Alexejewitsch est resté 57 jours à la centrale nucléaire - du 21 septembre au 23 novembre 1987 (sans compter le voyage aller-retour). Il travailla dans la zone n°3, unité n°53893. "Tout le temps où j'étais là-bas, je l'ai passé dans la centrale nucléaire", raconte Alexej Jazun. "Nous nous occupions de la désactivation : nous libérions les cables de la radiation, lavions les machines dans la salle des machines et nous faisions tout cela à mains nues, nous utilisions des chiffons impréniés d'une solution oxalique. Lorsque nous sommes sortis de la zone, la dose de radiation accumulée par notre organisme a été mesurée à l'aide d'un dosimètre ; elle s'élevait à 14,5 Bq ou dose équivalente, une dose de radiation qui ruine la santé de manière irrévocable. A son retour de Tchernobyl, Alexej Alexejewitsch a dû immédiatement être transporté à l'hôpital pour maladie professionnelle, et il est sorti au bout de deux semaines avec le diagnostic de "crise hypertonique de niveau 2". Le jeune liquidateur a travaillé encore un mois dans la centrale électrique à gaz, mais il s'est très vite rendu compte qu'il ne pourrait plus exercer son activité professionnelle : il ressentait en permanence des étourdissements, il avait des bourdonnements d'oreille et des saignements de nez. Avec un état de santé comme celui-ci, chaque activité est rendue difficile, mais travailler en tant que conducteur dans un tel état est impossible. Le directeur du parc de véhicules Gopak a dû appeler au moins deux fois par jour le service d'urgence pour Alexej Alexejewitsch. Il a expliqué ensuite à Jazun qu'il devait se chercher un travail moins pénible pour lui et qu'il devait avant tout se faire soigner. Après la vie A partir de ce moment-là, Alexej Jazun entra dans la phase noire de sa vie : à cause de son état de santé, il n'a trouvé aucun travail et n'a pas pu se faire soigner par manque d'argent. Il n'a reçu aucune indemnisation financière ou statut de “liquidateur de tchernobyl”. A l'époque, les circonstances du drame étaient gardées secrètes, les archives étaient soi-disant perdues ou sombraient dans les caves de la centrale nucléaire de Tchernobyl et personne ne pouvait vérifier que Alexejewitsch avait perdu sa santé à Tchernobyl. Sa vie de famille a, elle aussi, été saccagée : fatiguée d'avoir un mari gravement malade, tourmentée par les problèmes d'argent, la femme Alexej Alexejewitsch l'a quitté en emmenant l'enfant avec elle pour toujours. Cet homme de 35 ans s'est retrouvé alors totalement seul au monde. "Au début, je ne pensais pas que je devrais en payer les conséquences tout le restant de ma vie", raconte Alexej Alexejewitsch. "J'ai vendu la maison, j'ai emménagé dans un petit appartement, j'ai essayé de me soigner avec de la cérébrolysine. A l'époque ça coûtait officiellement 180 Rubel, mais on pouvait aussi l'acheter n'importe où, dans la rue on l'obtenait pour 500 Rubel. L'argent de la vente de la maison n'a donc pas duré longtemps. J'ai alors décidé de m'adresser au ministère de la défence de l'Ukraine pour obtenir le statut officiel de "liquidateur de Tchernobyl" pour pouvoir recevoir au moins des médicaments gratuits. "Est-ce qu'il était là-bas ?" A partir de là, le calvaire de Alexej Alexejewitsch commença : après une première demande faite au ministère de la défence en 1989 et il n'a reçu une réponse qu'en 1991. Le liquidateur Jazun apprit alors avec surprise, qu'il avait effectivement été envoyé en service commandé à Tchernobyl, mais qu'il était resté dans la zone des 30 kilomètres de la catastrophe et qu'il n'avait pas mis les pieds dans la centrale électrique, pas une seule fois. Et pour ce qui est des 57 jours passés au troisième réacteur de Tchernobyl ? Et pour ce qui est des violents maux de tête le matin, la gorge sèche, les travaux effectués au sein du réacteur atomique pendant des heures interminables ? A ces questions, le papier ne donnait aucune réponse. Et une toute petite dose de radiation accumulée par mon organisme était mentionnée : 1,2 Bq ou dose équivalente. Alexej Alexejewitsch a envoyé les demandes suivantes en 1992 et 1993 au ministère de la défence. Il a reçu une réponse seulement en 1996, qui était totalement différente de la première. Cette fois-ci, on reconnut déjà 3 voyages à la centrale nucléaire, une fois par mois. La dose de radiation indiquée était plus élevée - 9,04 Bq ou dose équivalente. La dernière demande, Alexej Jazun l'a envoyée en 1999 à Kiew. La lettre qu'il a reçue en 2001 du ministère de la défence, disait que de nouvelles circonstances avaient été découvertes et que toutes les attestations précédentes étaient annulées. D'après la nouvelle version, Alexej Alexejewitsch s'est trouvé 68 jours dans la centrale électrique dont : 23 jours en septembre, 29 en octobre et 16 en novembre. Comment cela est-il possible, lorsque la date de départ de Makejewitsch écrite sur la carte de service militaire est le 21 septembre ? Les 23 jours en septembre passés à la centrale sont impossibles. Et où est la vérité dans tout ça, lorsqu'il est écrit noir sur blanc sur la carte de service militaire, que la durée du séjour à la centrale de Tchernobyl était de 57 jours. Et la dernière attestation fait état de 68 jours ? Une telle attestation, imprimée avec précaution, donne lieu à des soupçons mais naturellement ne donne aucun droit à des avantages sociaux. Le calvaire de la vie Désespéré après 15 ans d'attente de justice et d'une aide nécessaire de l'Etat, Alexej Alexejewitsch s'est acheté un carte de liquidateur, "lui-même", comme il dit. Ce "plaisir" lui a coûté 500 Dollars – et trois ans de travail dur à la décharge où il devait déterrer du métal pour le donner à des centres de dépôts. A noter que cette carte est authentique, avec tous les tampons correspondants et signatures des personnes officielles : on peut seulement s'étonner de l'insensibilité des Hommes, qui marchandent froidement avec la souffrance des autres. Mais même cette démarche désespérée ne l'a pas aidé : Alexej Alexejewitsch ne reçoit aucune prestation sociale et aucune aide parce qu'il a été soigné juste avant à l'hôpital non gratuitement, et aussi parce que sa carte a été déclarée sans valeur, dû à l'absence d'attestation. Et en attendant, sa pression artérielle est montée à 28/15, son nez saigne "souvent à torrents", comme il dit, il a des troubles de la mémoire, une motricité perturbée, il souffre d'intenses maux de tête, "la chair se décolle des os" (ses mots). A l'hôpital, on le compte parmi les invalides du groupe 2 en raison de "maladie individuelle". "De quelle maladie individuelle peut-il s'agir ?," se demande Alexej Alexejewitsch. "Je suis un liquidateur de Tchernobyl, j'y ai laissé ma santé, c'est pourquoi ma vie toute entière a été saccagée, et je ne reçois pas un seul traitement médical de l'Etat ! Que dois-je alors faire ? Avec cette question, nous nous sommes tournés vers le président de l'association "Fédération Tchernobyl" Alexej Pawlow, à qui nous avons tout d'abord parlé des antécédents de notre héros. "Malheureusement cette histoire n'est pas rare", nous a dit Alexej Pawlow. Les gens attendent des années pour obtenir un statut, ils reçoivent des réponses écrites difficilement compréhensibles, elles sont démoralisantes et font perdre tout espoir d'obtenir justice un jour ou l'autre. Mais ce cas est un précédent. Je conseille à Alexej Jazun de venir nous voir. En passant par le député du peuple, nous obtiendrons une réponse correcte et fiable. Si nécessaire, nous défendrons ses intérêts devant la justice et nous essaieront, d'ici un mois, d'obtenir tous les documents nouveaux. Ces personnes qui ont vendu cette carte à cet homme malade, à demi-mendiant, ce sont des créatures sans coeur, qui n'ont ni peur de Dieu ni des Hommes : on peut désigner leur acte de "pot-de-vin". Alexej Jazun nous a raconté d'autres horribles histoires de sa vie : par exemple, on l'a frappé pas loin du ministère de la défence, on lui a recousu le front à la milice de la capitale puis on lui a conseillé de retourner de là où il venait. On est venu un soir chez lui et on lui a demandé de présenter sa carte et il a été menacé de prison pour falsification de documents. Nous n'avons pas fixé notre attention sur ce moment, car il n'y avait pas de témoins. Mais nous avons vu les papiers et la carte du "visiteur d'un soir" de nos propres yeux, et nous avons vérifié chaque lettre – nous avons aussi rencontré l'ancien patron du liquidateur qui a confirmé l'extrême mauvais état de santé de son chauffeur de l'époque. Nous sommes aussi allés aux hôpitaux que Alexej Alexejewitsch a dû fréquenter et tous les diagnostics ont été confirmés. Mais à qui cela sert-il ? "Lorsqu'on nous a envoyé à Tchernobyl," se rappelle Alexej Alexejewitsch " le colonel a dit : "Si vous refusez, c'est 8 ans de prison". Mon Dieu, je préfèrerais être un coupable innocent, j'aurais fait ces 8 années et je serais déjà depuis 9 ans en train de vivre humainement. Chaque vie en prison, même avec des voleurs et des tueurs peut parfois être meilleure que cette horrible souffrance en liberté. Avec l'approbation amicale du site internet : http://www.chernobylinfo.com/ |
La catastrophe de Tchernobyl Rapports et photos
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